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Les Grands Dossiers


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Le renne, 4X4 du grand Nord

Quand il ne tire pas le traîneau du Père Noël, ce véritable 4 x 4 des neiges vagabonde à travers les immensités sauvages du Grand Nord...

Le renne est un animal nomade parfaitement adapté aux rudes conditions climatiques du Grand Nord. L'hiver, une épaisse toison laineuse le protège du froid : elle capture de l'air qui se réchauffe à proximité de la peau et reste prisonnier des poils ! Dans l'eau, cette fourrure magique fait en plus une bouée parfaite : excellent nageur, le renne ne craint pas l'eau glaciale des lacs et des fleuves. Une fois les beaux jours revenus, il perd son épaisse toison : c'est la mue. Ses larges sabots en forme de raquette lui permettent de déplacer ses 150 kilos sans difficulté sur la neige (mais certains mâles atteignent 300 kilos !). Les rennes passent l'hiver dans la forêt boréale ou dans la taïga. Au printemps, les petits groupes, appelés hardes et menés par des femelles, se réunissent pour migrer en troupeaux de plusieurs milliers d'individus. Ils peuvent ainsi gagner la toundra, des centaines de kilomètres plus au nord, sans craindre les attaques de leur pire ennemi, le loup.

Les jeunes naissent au printemps et sont capables de marcher plus de 10 km par jour dès leur troisième jour ! Pour tenir le coup, ils tètent trois ou quatre fois par heure le lait très riche de leur mère qu'ils accompagneront pendant six mois. En migration, les hardes de rennes sont souvent suivies de loin par une meute de loups. Ces derniers ne peuvent attaquer les rennes lorsqu'ils sont en groupe, mais suppriment tous les individus malades, blessés ou trop vieux pour suivre le restant du troupeau. Cruel, mais indispensable pour éviter que les maladies ne se propagent aux autres rennes. Le renne se contente d'une nourriture très pauvre. Des écorces et des lichens qu'il trouve en creusant la neige de ses sabots sont sa seule nourriture hivernale. Il profite ensuite de l'été pour engraisser et avale alors jusqu'à 6 kilos de jeunes pousses, d'herbe et de lichens par jour ! Pour suivre, étudier et mieux protéger les rennes, les scientifiques ont recours aux dernières technologies : des colliers émetteurs qui permettent de les localiser par satellite ! Ils ont ainsi pu découvrir que certains troupeaux de caribous québécois pouvaient parcourir jusqu'à 6 000 km par an !

Contrairement aux cornes des vaches, les bois des rennes tombent et repoussent tous les ans.

Chez le cerf et le chevreuil, deux proches cousins du renne, seuls les mâles en portent. Chez les rennes, la femelle y a également droit ! Les bois des femelles tombent en juin tandis que ceux des mâles tombent à la mi-décembre. Quand ils repoussent, les bois sont couverts d'une fine peau duveteuse qui tombe quand ils arrivent à maturité. Plus le renne est vieux, plus ses bois sont imposants : la ramure d'un grand mâle peut atteindre 1,50 m d'envergure ! À l'automne, chaque mâle en âge de se reproduire tente de s'approprier dix à quinze femelles avec lesquelles il s'accouplera. Le renne défend farouchement ses promises contre les autres mâles : poussant des halètements rauques, il charge furieusement ses rivaux. Les deux mâles entrechoquent bruyamment leur ramure jusqu'à ce que le plus faible prenne la fuite.

Des grottes des hommes préhistoriques au traîneau du père Noël, le renne n'est peut-être pas l'ami de l'homme le plus connu, mais c'est sûrement le plus vieux et le plus fidèle ! Il y a quinze mille ans, le climat était beaucoup plus froid : de grands troupeaux de rennes migraient à travers l'Europe, pourchassés par nos lointains ancêtres, les hommes de Cro-Magnon. Le renne leur servait à la fois de garde-manger, de garde-robe et de boîte à outils : la chair pour se nourrir, la peau pour s'habiller et les os pour fabriquer toutes sortes d'outils, tout était utilisé ! Et quand ils avaient un peu de temps, ils les dessinaient sur les parois de leur grotte où on peut toujours les admirer ! Aujourd'hui les peuples du Grand Nord vivent encore de l'élevage du renne : les Sames - plus connus sous le nom de Lapons - en Scandinavie, les Inuits en Amérique du Nord ou encore les Samoyèdes, les Évènes, les Nenets ainsi qu'une vingtaine d'autres peuples sibériens dans le nord de la Russie. Certains ont même réussi à le domestiquer complètement, et s'en servent pour tirer les traîneaux ! !

Le renne n'est pas une espèce en danger, mais des menaces très graves pèsent sur la préservation de son milieu de prédilection, la toundra. La végétation, qui a su s'adapter aux rigueurs du froid, est très sensible aux changements climatiques et au réchauffement. Quelques degrés supplémentaires suffiraient à faire disparaître les lichens, qui permettent aux rennes de survivre durant l'hiver. Les activités industrielles dans le Grand Nord sont une autre menace : les mines et l'exploitation pétrolière polluent les fleuves et abîment les forêts, tandis que les gazoducs et les oléoducs, ces gros tuyaux qui servent à acheminer le gaz et le pétrole, gênent les migrations des troupeaux.

Les rennes d'Europe et d'Asie appartiennent à la même espèce. Légèrement différent, le renne du Canada et d'Alaska est appelé caribou, divisé en quatre sous-espèces distinctes. L'une d'entre elles, le caribou forestier, est sédentaire et vit exclusivement en forêt. Caribou viendrait d'un mot algonquin signifiant "qui creuse avec une pelle" et rappelle le mouvement que fait le renne avec ses sabots pour creuser la neige quand il cherche des lichens.